Mondiaglobalisation est publié par l'agence de presse LesNouveauxMondes.org

mardi 26 mai 2009

Les enfants devront toujours «payer» pour leurs parents… et c’est normal !

En ces temps de crise économique et financière mondiale, la gauche, la droite et le centre nous rabâche avec l’idée que nous devons laisser un «monde intact» aux générations futures. Une idée totalement incongrue tant elle nie la réalité de l’existence et le risque inhérent de celle-ci.

Partout, de Barack Obama à François Bayrou, de Nicolas Sarkozy à Angela Merkel, de Gordon Brown à Ségolène Royal, le thème à la mode des leaders politiques, repris par la presse sans véritable esprit critique, est que notre responsabilité envers les générations futures doit être au centre de nos décisions. Ils viennent, tous en cœur, nous expliquer que nous ne devons pas laisser à nos enfants des dettes en tout genre qui mettront en péril leur avenir radieux. Beau thème consensuel d’un monde harmonieux s’il en ait mais particulièrement hypocrite et totalement irresponsable ! Si l’on suit cette logique jusqu’au bout, cela veut dire que nous ne devons jamais agir puisque chacune de nos actions a des conséquences pour le futur, conséquences parfois « négatives » (souvent cette caractéristique étant indécelable au moment de la prise de décision) mais néanmoins incontournables si nous devons construire le présent et le futur. Par exemple, l’idée que nous ne devons pas laisser de déficits des finances publiques voudraient dire qu’il ne faut jamais dépenser en s’endettant dans l’espoir de récolter des fruits meilleurs, alors que l’humanité agit ainsi depuis la nuit des temps parce qu’il s’agit de la seule façon d’améliorer notre existence mais aussi, tout simplement, de la garantir. Car la prise de risque est inhérente à notre présence sur terre. Sans risques, pas de progrès et pas d’amélioration de nos existences. Le risque est à la fois individuel et collectif. Quotidiennement, chacun de nous prend des risques et toute communauté en fait de même. Des risques immédiats mais aussi des risques pour le futur.

Ce thème a une origine, « l’éthique de responsabilité » de Hans Jonas, un philosophe américain d’origine allemande qui était hanté par la responsabilité de nos actions sur le futur et qui préconisait une attitude pessimiste face à l’avenir. Philosophe à la mode dans le milieu des prophètes de la fin du monde, il a notamment inspiré le fameux « principe de précaution » que le démagogue Jacques Chirac a fait inscrire dans la Constitution et dont la plupart des membres de la communauté scientifique estiment qu’il est une hérésie puisqu’il veut éliminer le risque à la base de toute avancée de l’humanité. Cette éthique de responsabilité ressemble fort à de l’irresponsabilité et le principe de précaution à la peur d’agir. Croire en une évolution naturelle du monde qui serait harmonieuse revient à déifier la nature alors que nous nous battons depuis l’apparition de l’humain pour qu’elle ne nous élimine pas…

Vouloir éviter tout risque et tout héritage négatif pour les générations futures est une douce utopie et une négation de la vie. D’autant qu’il nous est le plus souvent impossible de mesurer nos actions sur le futur. Parfois, ce que nous pensons être des actes qui auront des conséquences négatives, en ont des positives et inversement. De même, la science se trompe et ses hypothèses se trouvent contredites par d’autres. Ce que nous ne devions pas faire la veille, devient ce que nous devons faire le lendemain… Les êtres humains ne sont pas Dieu et ils ne maîtrisent pas la vie. Empêcher la prise de risque ne nous aurait jamais fait sortir de la préhistoire et d’une vie végétative où notre seule préoccupation serait la survie… Dès lors, nos enfants devront «payer» pour les bêtises que nous pourrions commettre et… c’est normal ! Oui, c’est normal au sens de normalité - et non dans ce drôle de sens où la normalité signifierait le bien - parce que nous prenons des décisions pour assurer notre vie et celle de nos enfants et que nous pouvons nous tromper. Et que nos parents ont fait de même et que nous payons pour eux qui ont payé pour les décisions de nos grands-parents et ainsi de suite jusqu’aux premiers êtres humains. Prenons le cas de la crise économique et financière mondiale actuelle. Beaucoup de Républicains, aux Etats-Unis, ont affirmé que s’ils n’avaient pas voté le plan de relance de Barack Obama, c’était pour ne pas grever le futur des générations futures avec des déficits abyssaux des finances publiques (en oubliant que c’est parce qu’ils ont refusé d’appliquer des règles de contrôles que la situation financière a dégénéré et qu’ils sont responsables des conséquences sur les générations futures alors qu’ils pensaient, au contraire, assurer leur bien-être matériel pour toujours…). C’est le discours, en particulier, de John McCain, l’ancien adversaire républicain d’Obama à l’élection présidentielle. Mais, si nous ne faisons rien, alors tout va s’écrouler et le futur de nos enfants sera encore plus en danger. Où est l’irresponsabilité ? Dans l’agir ou dans le non-agir ? Ce serait tellement plus facile de ne jamais prendre de décisions, de n’être responsable de rien et de laisser la vie agir à notre place et de dire à nos enfants : « vous voyez, nous n’avons pris aucune décision, nous vous laissons le monde comme nous l’avons trouvé et, surtout, ne touchez à rien ». Il y a fort à parier que quelques générations plus tard l’humanité n’existerait plus. On objectera que l’on a qu’à prendre des décisions dont nous sommes absolument sûrs qu’elles seront positives. Le seul problème c’est que nous ne pouvons jamais le savoir sauf pour une infime minorité ce qui revient à peu près à ne rien faire… et à notre disparition programmée. Sans oublier les milliards de gens qui, aujourd’hui encore, ne mangent pas à leur faim et meurent jeunes de maladies dues à la pauvreté. Allons donc leur expliquer que la vie n’est pas un risque et qu’il vaut mieux ne rien faire en attendant la mort…

La responsabilité et le respect des autres sont deux des principales valeurs que nous devons appliquer quotidiennement. Mais la responsabilité, ce n’est pas le pessimisme attentiste et le respect ce n’est pas la peur d’agir. C’est tout le contraire.


Alexandre Vatimbella

© 2009 LesNouveauxMondes.org

mercredi 13 mai 2009

Où en est la crise économique ?

Sommes-nous à la sortie de la crise ou bien proche de son pic ou encore dans l’inconnu quant à sa force et sa durée ? Les économistes se battent pour défendre, certains, la première option, d’autres, la deuxième et d’autres encore, la troisième. Outre que cela démontre une nouvelle fois que la prévision économique est tout sauf une science, cela prouve aussi une incapacité à voir clair dans la situation actuelle mais aussi dans des chiffres et des faits manipulés jusqu’à leur faire dire le contraire de ce qu’ils veulent dire. Il n’est pas question ici d’ajouter une prévision aux millions qui sont faites ailleurs. Nous ne sommes pas des experts et nous le reconnaissons.

Reste qu’il peut sembler étrange, par exemple, que, tout d’un coup, certains prennent pour argent comptant les incantations du Parti communiste chinois sur les 8% de croissance du PIB de la Chine en 2009. Peut-être que cela s’avérera vrai mais rien ne permet de prétendre aujourd’hui que ce chiffre est le résultat d’une constatation sérieuse de la situation. Tout, au contraire, montre qu’il s’agit de faire correspondre à une volonté politique une réalité économique quitte à prendre quelques libertés avec la réalité tout court... Et il nous faudrait alors croire sans plus d’analyse ce que prétend le gouvernement indien qui voit la reprise à tous les coins de rue depuis plusieurs mois. Ou avoir cru les affirmations des Russes et des Brésiliens mais aussi des Chinois et des Indiens que la crise économique et financière mondiale ne passerait pas par chez eux.

A force de croire que les signes de reprise sont là, certains oublient qu’il y a une crise. Il faut quelques statistiques comme le taux de chômage aux Etats-Unis, la croissance en Allemagne depuis le début de l’année ou le marasme du marché de l’immobilier en Californie, Etat par ailleurs en faillite, pour nous rappeler qu’il y a des problèmes. Et nous préférons être comme Saint-Thomas. Nous ne croirons à la reprise que quand nous la verrons. Non pas quand nous la fantasmerons. C’est moins excitant mais plus sage.

Alexandre Vatimbella

© 2009 LesNouveauxMondes.org